
Jouer avec les mots, vaincre la page blanche, développer son imagination…
L’association Les Encres Mêlées vous propose ses Ateliers d’écriture un samedi par mois pour créer en s’amusant !
Des exercices ludiques pour apprendre à se dépasser.
Plus d’informations par mail :
atelierdecriture@morganepinon.fr
Les Ateliers d’Écriture des Encres Mêlées.
En accord avec les valeurs contenues dans notre nom, nous mêlons les sensibilités, les modalités de création, les thèmes, les formes littéraires, et surtout les profils des participants. Nous souhaitons que nos ateliers soient les plus créatifs et les plus récréatifs possibles.
Nous sommes tous potentiellement créatifs, encore faut-il faire appel à des approches différentes de celles que vous avez peut-être vécues au temps de l’école, parfois bien, parfois moins. Faites-vous confiance ! Nos approches font appel à votre sensibilité, vos imaginaires, vous serez peut-être étonné de vos capacités créatives.
Atelier d’écriture du 22 mars 2025
Établir un dialogue qui se conclut par : « obstinément le rêve », phrase du facteur Cheval, bâtisseur obstiné et solitaire du Palais Idéal.
Catherine et Michèle
« OBSTINEMENT, LE RÊVE »
Pièce à quatre mains
PRÉAMBULE : « Murs abandonnés croulant et s’effaçant dans le sable. C’est une cité de nuages qui se défont. Un rêve à peine matérialisé, un mirage… »
M Tiens, il y avait des murs ici avant !
C Effectivement, frontières de nos rêves. Où sont-ils ?
M Je ne vois que du sable. Le réel s’est effrité
C Libérons nos vagabondages insensés
M Finalement, nous sommes bien ici. On respire, on est vaste
C On existe autrement. On vit, paradoxalement…
M Mais finalement, c’est ici la réalité. La vraie vie
C Du coup, on part tout créer et réinventer nos vies. On peut devenir maître de nos choix, construire un rêve inébranlable
M Avancer résolument dans la beauté, dans l’amour, dans l’abondance avec courage et détermination
C Restons ici dans cette construction. Est-elle utopique ?
M Je ne crois pas… est-ce que nous devenons folles ? Les nuages reprennent forme…
C Peut-on encore un moment faire abstraction du réel ? On est si bien dans cette fantaisie, objet d’un projet, d’un désir. Que nos rêves ne soient plus des mirages. Utilisons la puissance du rêve pour reconstruire nos vies loin du pessimisme desséchant et de la peur
M N’oublions pas que les inventions ont toutes commencé par un rêve, par un questionnement
C Nos rêves orientent nos vies et nous dirigent ailleurs, là où nous n’oserions pas aller
M Pour découvrir de nouveaux territoires, sortons des sentiers battus, explorons des mondes….
GESTES GRANDIOSES POUR EVOQUER L’INFINI…
M J’en perds mes mots
EN CHŒUR : On vous laisse imaginer la suite…
Michèle Champion et Catherine
Sylvie
Un bruit me réveille, je décide de me lever. Encore endormie, je m’appuie contre le mur de ma chambre et voilà que, comme le Passe Muraille, je le traverse.
Je me retrouve alors face à mon père qui a pourtant été enterré deux ans plus tôt.
Je m’approche de lui pour le toucher.
— Papa, c’est bien toi ? C’est merveilleux ! Tu es réellement vivant ?
— Comment ça je suis vivant ? Bien sûr ! De quoi tu parles ?
— Mais on est venu à l’hôpital avec maman pour te dire au revoir une dernière fois !
Je me rappelle de tes yeux clos et de ton visage apaisé après tant de souffrances.
— Et pourtant, comme tu le vois, je suis là, debout, en chaire, en os et en bonne forme !
— Bah, pourquoi tu ne viens jamais nous voir alors?
— Je suis venu aujourd’hui car tes pensées m’ont convoqué.
Me parlant à moi-même.
— Non, vraiment, je dois rêver : toute cette mise en scène n’est que le fruit de mon imagination. C’est le manque de toi qui me joue des tours : je prends mes désirs pour des réalités !
Mais voilà que quelqu’un arrive marchant sur un nuage blanc et s’adresse à moi.
— Que fais-tu là ?
— J’ai traversé le mur de ma chambre et j’ai retrouvé mon père. Je te le présente.
C’est tout de même extraordinaire de se retrouver au-delà de la vie, tous les trois ici.
— Oui, la vie continue dans une autre dimension, celle de l’esprit. L’âme ne meurt pas, elle est présente bien qu’invisible.
— Si je comprends bien, quand j’ai dit au revoir à papa, c’était uniquement à son enveloppe charnelle que je m’adressais. Nos esprits prennent le relai de nos corps endormis. Et puis, nos vies longtemps mêlées ont créé des souvenirs qui maintiennent un lien bien vivant entre nous : comme une voie lactée de moi à lui.
— Oui, et dans cet univers, un nuage a épousé la forme de son corps pour qu’il te soit visible. Mais cette forme si vivante est éphémère, elle va finir par se diluer puis s’évaporer.
— Je suis donc bel et bien dans un rêve : c’est la force de l’esprit qui m’a permis de vivre cet instant magique avec mon père.
Puis m’adressant à nouveau à mon père :
— Alors cette fois, je ne te dis pas : au revoir papa. Je sais maintenant que je pourrai à nouveau naviguer dans l’atmosphère pour te rejoindre, très loin, au-dessus des nuages. Je n’aurais qu’à suivre la voie : ‘ Obstinément le rêve ‘.
Gisela
Je rêve depuis toujours, parfois les yeux juste fermés, je m’évade dans les nuages blancs qui prennent la forme d’un être humain, d’un animal éphémère et se diluent pour un tout autre aspect.
Moi, j’ai rêvé d’avoir traversé le mur pour me retrouver en terrain inconnu, dans l’univers. Subitement je vois mon père, sur le même nuage que moi. C’était bien lui avec ses beaux cheveux blancs et son sourire charmeur. Pourtant, il n’est plus de ce monde. C’est incroyable.
J’ai rêvé d’être allongée sur un nuage blanc comme sur un vaisseau, en train d’observer la terre. Tout est minuscule mais étonnamment net, les océans, les continents avec leurs reliefs montagneux, les grands lacs et les fleuves sillonnant les terres. Le nuage va trop vite, je ne peux pas l’arrêter pour contempler ce paradis terrestre.
Moi, j’étais émerveillée quand mon père vint m’embrasser en m’entourant comme autrefois de ses bras. Très émue, je voulais lui parler, mais il resta muet.
Je suis tellement fascinée par la vue d’en haut que je décide de devenir astronaute. Ainsi je pourrais découvrir notre planète à travers les hublots de la navette spatiale. Toujours en orbite sur mon nuage blanc, je m’efforce de mémoriser tous les contours des continents et le bleu des océans. Je ne veux pas me réveiller et me cramponne obstinément à ce rêve si réel.
Moi, je revis l’ascension du Puy Mary en Auvergne avec mon père m’encourageant à grimper jusqu’au sommet. De là-haut, toute la chaîne des volcans d’Auvergne se déploie devant nous, illuminée par les rayons de soleil. Nous sommes si heureux. Je veux rester là et me cramponne obstinément à ce rêve si réel.
Je suis au Planétarium de Paris, admirant la voûte céleste parsemée d’étoiles. L’image change, je suis dans l’auditorium de l’université fixant toute mon attention sur les cours de sciences. Il faut que je réussisse ce parcours pour devenir astronaute. J’attends la suite sur mon nuage blanc…
Moi, je ne vois plus mon père ni les volcans d’Auvergne. Le nuage blanc a disparu, je suis dans mon lit. Je cherche obstinément à retenir l’image de mon père à côté de moi pour être encore avec lui dans ces instants partagés, revivre ce que nous avons aimé ensemble.
Je n’arrive pas à rester sur mon nuage plus longtemps, la réalité reprend sa place, mais je reste sur l’image du vaisseau spatial m’emmenant loin, très loin. Ce rêve, je vais le réaliser avec obstination. J’irai me renseigner sur les modalités d’inscription pour ces études.
Jean-Patrick
Mise en scène : deux personnes, A & B, assises face à face
A : Moi je dis que le rêve est une production de l’esprit pendant le sommeil
B : Je ne suis pas d’accord ! Pour réaliser son rêve, il faut être ÉVEILLÉ !
A : Un rêve éveillé !?
B : Non, je veux dire : rester en éveil pour réaliser son rêve
A : Il vous faudra beaucoup d’abnégation pour y parvenir ! D’autre part il est admis que les rêves sont bien produits pendant notre sommeil
B : Ha, il ne vous arrive pas de rêver pendant la journée ?
A : Je n’appellerai pas cela un rêve, mais rêvasser
B : Votre remarque est intéressante mais vous semblez parler de rêves sans but…
A : Car vous, vous semblez dire que les rêves qu’ils soient nocturnes ou non, ont tous un but ?
B : Non, je n’ai pas ce savoir. Mais que nous dit la science ? : « Le rêve peut être le résultat des tentatives du cerveau pour donner un sens à l’activité neuronale pendant le sommeil »
A : Donc rêver pendant la journée n’a aucun sens !
B : je n’ai pas dit ça ! Mais bon, allons voir ce que nous dit la philosophie : « Le rêve c’est un monde anormal de veille… ce n’est pas fermer les yeux, mais les ouvrir sur ce que, de jour, nous cherchons à fuir ou à avouer » (c’est de Edmund Husser)
A : Bravo pour la diversité de vos connaissances, mais tout cela nous mène nulle part, vous en conviendrez
B : Pas sûr ! Si rêver en étant éveillé c’est envisager d’atteindre un but encore inavoué, je pense me trouver dans cet état
A : Vous poursuivez donc un rêve ?
B : Je ne le poursuis pas ; d’abord je l’imagine, je le développe, puis j’imagine les actions qui me permettront de l’atteindre
A : Vous semblez décrire un plan d’action plutôt qu’un rêve
B : Ha vous, vous restez collé à la « réalité » hein ?
A : Mais c’est vous qui opposez rêve et réalité !
B : Bon, d’accord, mais vous, vous n’avez pas de rêve ?
A : Bah… je crois que si !
B : Et comme on peut dire qu’un rêve est « réel », puisqu‘il existe, pourquoi opposez-vous rêve et réalité ?
A : Ha je ne sais plus ! Vous m’ennuyez.
B : Vous fuyez !
A : Mais non ! La preuve, je reviens dans le sujet… et moi, j’utilise habituellement le dictionnaire pour lever certains doutes. Que nous dit-il ? « Rêve nocturne : suite de phénomènes psychiques se produisant pendant le sommeil et produisant des images oniriques. Rêve diurne : construction de l’imagination à l’état de veille destiné à échapper au réel ou satisfaire un désir, par exemple : poursuivre un rêve »
B : Nous voici finalement d’accord le fond, du moins sur un plan sémantique. En revanche, je m’oppose au fait de considérer le rêve comme échappatoire du réel.
A : Je ne comprends pas, poursuivez !
B : He bien parce que si on réalise son rêve, on modifiera le réel ! Ou du moins ce qu’on imagine être le réel…
A : Si je peux me permettre, vous parlez d’une réalité que vous imaginez
B : Oui, ce n’est pas faux !
A : donc si je vous suis, et ce n’est pas simple, vous situez votre rêve dans une réalité future, donc imaginée, on parle donc d’un rêve dans un une réalité imaginée !
B : Là, vous me touchez. Et finalement vous me rejoigniez, sauf que ce possible point de rencontre reste à préciser, sauf si rêve et réalité sont les deux branches d’un même arbre.
A : Et que représente cet arbre métaphorique ?
B : Je ne sais pas moi ! La vie, les forces de l’esprit !
A : Tout cela redevient un peu vague, revenons à ce que vous disiez tout à l’heure, vous voulez réaliser votre rêve pour modifier une réalité future et probable ?
B : Oui, c’est à peu près cela. Mais nous parlons d’un rêve sans le décrire !
A : Vous voulez dire sans le définir ?
B : Oui, et non, mais quel qu’il soit, je le poursuivrai, obstinément !
